Avouons que le ministère du travail a réussi à boucler ce dossier en un temps record. Quatre mois à peine après l’annonce de son projet de réforme, les décrets 2008-47, 2008-48 et 2008-69 relatifs aux régimes spéciaux de retraite des personnels de la SNCF, de la RATP et des industries électriques et gazières ont été inscrits au journal officiel les 16 et 23 janvier dernier et pourront entrer en vigueur dès le 1er juillet de cette année.
Le débat est clos, si tant est qu’il ait un jour été ouvert et il ne nous reste plus qu’ à admirer la mise en œuvre d’une stratégie qui manque peut-être d’originalité mais dont l’efficacité a, une nouvelle fois, fait ses preuves.
Diviser pour mieux régner…
L’ argument de l’ Etat garant de l’égalité entre tous les Français s’est révélé être d’une efficacité redoutable.
Apparemment, dans toutes les interventions publiques destinées à présenter le plan de réforme, que ce soit de la part du président de la République, du Premier ministre ou du ministre du travail, le mot d’ ordre était le suivant: mettre l’ accent sur le caractère inéquitable des régimes spéciaux de retraite. Le but de la manœuvre: s’assurer le soutien de l’ opinion publique qui n’ eût su tolérer davantage une telle injustice et, par conséquent, vouer à l’échec toute tentative de protestation de la part des bénéficiaires de ces régimes spécifiques.
Ainsi, en insistant en permanence sur le fait que le principal objectif de la réforme était de « veiller à ce que l’ensemble des Français soient sur un pied d’égalité[1] », le gouvernement a fait apparaître les salariés concernés par les régimes spéciaux de retraite aux yeux des Français comme un groupe d’ abominables privilégiés qui refusait de remettre en question des avantages illégitimes au risque de mettre en danger tout le système de protection sociale dans son ensemble.
Il n’a pas fallu longtemps à l’équipe gouvernementale pour récolter les fruits de son labeur puisque dès le 17 octobre 2008, un sondage BVA réalisé pour le Figaro et LCI était rendu public et affirmait que 55% des Français considèraient que le mouvement du 18 octobre n’etait pas justifié.
Les grèves dans les transports publics sont déjà, en temps normal, très mal perçues par les usagers mais cette fois-ci, les malheureux grévistes n’avaient aucune chance de se faire entendre car, bien préparé, le reste de la population ne pouvait que rester sourd à leurs revendications…
Au gouvernement de se féliciter d’avoir, grâce à cette réforme, rétablit l’ordre juste afin qu’ à nouveau, on puisse affirmer qu’ en France, tous les citoyens sont égaux en droits !
Sylvie et Vera, 54111