« Avoir un nom à coucher dehors ». Curieuse expression dont le sens d’origine a été oublié aujourd’hui. En effet, lorsqu’un voyageur était autrefois perdu et qu’il frappait à la porte de quelqu’un pour être hébergé pour la nuit, si le nom du malheureux ne sonnait pas assez « chrétien », on lui fermait la porte au nez. Le promeneur égaré se voyait ainsi condamné à dormir dehors.
Aujourd’hui, en France, et en particulier dans une grande ville comme Paris, ces dormeurs nocturnes ne se sont pas égarés, même si aujourd’hui, ils sont tous paumés. A Paris, on compte plus de 8000 « SDF » (Sans Domicile Fixe), euphémisme technocratique pour désigner les sans-abri, les sans-logis, ou comme on les nomme souvent avec un dégoût à peine dissimulé, les clochards, les clodos.
Dans une métropole mondiale comme Paris, où chacun court la tête baissée et les pensées ailleurs, où chacun se défend comme il peut contre les agressions urbaines (la pollution, le bruit) et ne contient souvent qu’avec peine ses pulsions violentes, dans cet espace surpeuplé où le seul vivre ensemble possible passe par le repli sur soi auto-défensif, c’est « tout naturellement » que chacun ignore et évite ces « petit tas tombés », comme les appelle Alain Souchon. « Attention piéton, une âme est sous ces cartons », chante-t-il.
Oui, attention. A Paris, un quart des hommes sans-logis ont un emploi, et pour la plupart un emploi fixe. Près de deux sans-logis sur dix sont des femmes, et une femme sans logis sur trois est accompagnée d’enfants !
Pendant la nuit du 15 au 16 décembre 2006, l’association Les Enfants de Don Quichotte avait installé près de deux cents tentes pour les sans-abri sur les berges du Canal Saint-Martin à Paris. S’invitant dans une campagne électorale présidentielle cruciale, leur action avait trouvé le soutien de nombreuses personnalités et débouché, le 5 mars 2007, sur la « loi sur le logement opposable ».
Mais la vague médiatique étant maintenant retombée (après un léger rebond lors de la vague de froid de début décembre 2007 où les « Don Quichotte » ont tenté une nouvelle action sur les bords de la Seine, en face de Notre-Dame !), et alors que la campagne des élections municipales est en train de s’ouvrir, sont-ils toujours aussi nombreux à devoir « coucher dehors » ? La situation s’ est-elle vraiment améliorée?
Mathieu et Ana Laura
Je ne sais pas si les sans-abris sont moins nombreux depuis les actions de l’association Don Quichotte et la “jolie” loi du droit opposable au logement… En tout cas, la dernière fois que je suis passée en voiture sur le périphérique-ouest, j’ai pu voir de véritables campements, non organisés, installés sur les minces espaces “verts” qui séparent la ville de sa ceinture périphérique. Ceux qui habitent là sont des gens venus à Paris pour travailler mais qui ne peuvent pas s’offrir le “luxe” d’un véritable logement. C’est étrange, la télévision ne nous a pas encore offert de reportage sur les bidonvilles à la francaise. Moi qui croyait que les médias raffolaient d’images chocantes!!!
Peut-être avez-vous davantage d’infos sur le sujet…
Sylvie 54111
Comment par blogalement — janvier 25, 2008 @ 9:23 |
La manque de logement va toujours être un problème de notre société, que ce soit la société française ou allemande. Il est difficile de changer quelque chose en créant des lois, car c’est un enchaînement de plusieurs échecs du système social qui forcent une personne à vivre dans la rue. Quand je pense aux frais de location énormes à Paris, par exemple, je peux bien comprendre que ça va très vite, la descente dans la rue. Il y a déjà la caisse d’allocations familiales qui donne de l’aide financière pour pouvoir payer le loyer si on gagne peu d’argent. Mais il faut quand même gagner de l’argent et là, on arrive au thème du chômage.
L’action des Enfants de Don Quichotte en décembre a été une bonne idée pour attirer l’attention du public sur la situation dramatique à Paris. Mais je pense qu’une telle action n’a pas d’effets de longue durée. Il faut essayer de saisir le problème là où il se produit. Il faut des aides individuels pour ceux qui sont en danger de perdre leur domicile.
Inga
Comment par blogalement — janvier 30, 2008 @ 4:20 |
A mon avis, la situations des SDF/sans-abris n’a pas profondément changé. Pour moi, c’est un peu comme avec la banlieue. On en parle beaucoup, on s’y irrite, on fait des grands plans d’actions. Mais quand la caravane de média passe à une nouvelle scène, il n’y a plus grand chose qui reste. C’est triste car il s’agit des êtres humains qui ont des droits comme tout le monde et qui méritent mieux. Je comprends bien qu’ils se révoltent en s’installant dans des tentes au bord du Canal Saint Martin où tout le monde peut les voir, mais je crains que cette action ne soit pas couronnée de succès. Ce problème existe depuis bien longtemps (pensons à la fondation des restos du cœur il y a plus de vingt ans !!), mais malgré beaucoup d’initiatives, le nombre des SDF ne cesse d’augmenter.
Magdalena
Comment par blogalement — février 2, 2008 @ 1:24 |